Pâques selon la Bible

image

Comment croire à la résurrection ?

Auteur : Daniel Marguerat, bibliste,  Université de Lausanne

Comment croire, aujourd’hui, à la résurrection ? Tous les indicateurs statistiques sont au rouge : la croyance traditionnelle du christianisme en la résurrection des morts est en péril. À cette antique conviction des premiers chrétiens, un nombre grandissant de chrétiens préfère la croyance en la réincarnation. L’idée de vivre une nouvelle vie après le trépas séduit jeunes et vieux. Et comme une déferlante, cette représentation de l’après-mort submerge la foi en la résurrection, dont le vocabulaire rouillé résiste mal à l’assaut. La résurrection est devenue, dans le très mauvais sens du terme, une vérité de catéchisme : article de credo, que l’on répète, sans savoir très bien quel impact il a sur la vie quotidienne…

Aux premiers temps du christianisme, ce fin théologien qu’était saint Paul avait pourtant prédit : attaquer la résurrection des morts, c’est nier la résurrection du Christ, « et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vide » (1 Corinthiens 15,14). Le débat sur la résurrection touche le cœur même de la foi.

Il faut dire que la croyance en la réincarnation répond à une bonne question : celle du mal dans le monde. Pourquoi la maladie ? Pourquoi la naissance des handicapés ? Pourquoi mon enfant est-il violent ? À la présence du mal et de l’échec, la réincarnation répond par l’offre de la nouvelle chance. Après la mort viendra une seconde vie, compensation des échecs et des souffrances subis. La réincarnation s’offre comme la guérison des blessures de la vie, apaisement et consolation aux victimes du monde. Elle insère la vie de chacun dans le grand cycle des migrations de l’âme, rédemption offerte à toutes les meurtrissures.

La profondeur de la question est réelle, mais que vaut la réponse ? Comme tous les monothéismes (christianisme, judaïsme, islam), les chrétiens croient en l’unicité de la vie. Chaque individu est unique. Il reçoit un nom qui est le sien. Il vit une vie irrépétable. Chacun vit une vie unique entre naissance et trépas, et de cette vie-là, il est appelé à répondre devant Dieu. La résurrection n’est pas un transit vers le grand recyclage des vivants, mais le moment où ma vie s’achève là où elle avait commencé : dans l’accueil de Dieu.

Je suis né d’un désir de Dieu. Quand mon souffle s’en va, Dieu recueille ma vie et en fait mémoire. C’est ce qu’on nomme classiquement « la résurrection du corps » (1 Corinthiens 15,35- 50). Dans la culture hébraïque, le corps n’est pas la chair, la peau et les os ; le corps est le lieu de ma présence au monde. Au sein du Nouveau Testament, le corps correspond à la personne, à son histoire, à tout ce par quoi elle a été. Ressusciter le corps, pour Dieu, c’est recréer par la mémoire tout ce que fut la personne, ce dont elle a vécu et ce qu’elle a fait vivre. Je crois que Dieu, dans son amour, a le pouvoir de faire (re)vivre ceux que nous avons perdus.

Mais notez bien que la résurrection est un cadeau : Dieu fait vivre ceux qui lui sont chers. Dans la réincarnation, revivre est un automatisme ; chacun, après le trépas, ressurgira quelque part. Or, la résurrection n’est pas un dû ; elle est un don. Comme la vie, elle est cadeau. Au moment où nous sommes impuissants face à la venue de la mort, Dieu prend le relais et recueille ceux qui s’arrachent à notre présence. L’ultime vérité de notre vie lui appartient, et c’est pourquoi notre vie lui revient.

Par malheur, nous avons fait de la résurrection une vérité d’outre-tombe, une certitude pour plus tard. Or, quand l’apôtre Paul parle de la résurrection, il ne parle jamais d’une vérité déconnectée du présent. En Romains 4,25, il dit que Jésus est « ressuscité pour notre justification ». Ce que cela veut dire ? Paul désigne le pardon des péchés comme la concrétisation ordinaire de Pâques dans notre vie. Quand nous sommes relevés de nos fautes et du sentiment d’échec, quand nous sommes libérés du poids de la culpabilité, le souffle de la résurrection traverse notre quotidien. Il nous faut absolument apprendre à déchiffrer la trace de Pâques dans l’aube qui se lève après la mort, dans l’espoir renaissant après l’amertume de la défaite, dans le goût du lendemain qui conduit à refaire confiance. Nous ne croirons pas à la résurrection si nous n’en avons pas aperçu l’empreinte au creux du quotidien.

Les premiers chrétiens ont fait de Pâques la première fête de l’année liturgique. Là où commence l’Heureuse Nouvelle, l’Évangile. Ils n’ont pas changé le monde parce qu’ils croyaient en Dieu, mais parce qu’ils faisaient confiance au Dieu de Pâques.

 


Source : Bulletin Passages 3/1 (printemps 2004) 1-2.

Image ©  Depositphotos

Partager cette page

 

Pâques selon la Bible

image
image
Le scandale de la croix
(Sylvain Campeau)
image
Où est Dieu?
(Lorraine Caza)
image
Le grand matin
(Christian Grondin)
image