Les mots de Jésus
Le Notre Père
C’est la plus connue des prières chrétiennes. Tellement connue qu’on pourrait se dire « elle est devenue si usée et banale ». Et pourtant! Source inépuisable d’inspiration, elle peut encore apporter quelque chose de neuf et d’inédit. Les mots que Jésus a laissés à ses disciples constituent en eux-mêmes une école de prière, pour peu qu’on s’extraie de l’habitude, de la monotonie. Sous forme de chants, de gestuels, de paraphrases ou d’explications accessibles, voici une sélection de ressources choisies pour découvrir ou redécouvrir le Notre Père. Mais commençons par sa traduction officielle en langue française.
Notre Père
Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du Mal.
Amen.
Une nouvelle formulation du
Notre Père
En décembre 2018, une nouvelle formule du Notre Père entrait officiellement en vigueur dans les assemblées. La modification ne touche qu’une seule phrase. Les croyants et les croyantes sont invités à dire « Ne nous laisse pas entrer en tentation » plutôt que « Ne nous soumets pas à la tentation »
L’ancienne formulation est une traduction qui rend bien le texte grec mais elle laisse entendre que la tentation vient de Dieu. La lettre de Jacques affirme exactement le contraire : Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « ma tentation vient de Dieu. » (Jacques 1,13)
Cette révision du texte vient de la Traduction liturgique de la Bible publiée en 2013. La nouvelle formulation est une invitation à redécouvrir Dieu comme un Père aimant qui se fait proche. Cette demande ne cherche pas à nous éviter la tentation. Nous demandons simplement à Dieu de nous y accompagner et de sortir victorieux de l’épreuve de la foi comme le Christ au désert.
Photos © Depositphotos, montage : J.R.
En d’autres mots
S’approprier le Notre Père
Après l’avoir intériorisée, des croyants et des croyantes ont repris à leur compte la prière du Notre Père pour la reformuler avec leurs propres mots. Voici quelques-unes de ces versions alternatives écrites par des hommes et des femmes du 20e et du 21e siècle.
Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom emplisse la terre que ton Royaume étende ses frontières et vienne nous englober.
Que ta Volonté soit faite, qu’elle soit fête pour nos vies dans l’assurance que Toi seul peut vouloir pleinement et justement.
Donne-nous chaque jour la nourriture dont nous avons besoin pour le vivre le pain, la patience, le sel, la charité, la confiance, l’amour.
Donne-nous ton pardon et donne-nous encore de ne pas le garder dans nos mains et de pardonner à notre tour.
Ne nous laisse pas nous perdre dans des voies sans issue et ouvre dans nos marches les chemins qui te rejoignent.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire et la Parole que nous te rendons à travers nos prières.
Amen
Notre Mère qui es en nous,
nous célébrons tes nombreux noms,
Ta sagesse vient,
Ta volonté sera faite,
Se déployant des profondeurs de nos êtres.
Chaque jour tu nous donnes tout ce dont nous avons besoin.
Tu nous rappelles nos limites,
et nous lâchons les amarres.
Tu nous soutiens dans nos capacités,
et nous agissons avec courage.
Car tu es la demeure au milieu de nous, au dedans de nous,
L’émancipation autour de nous
Et la louange parmi nous
Dès maintenant et pour toujours.
Amen
Texte de Miriam Therese Winter, religieuse catholique américaine et professeure de théologie à l’université de Hartford, qui emploie un langage exclusivement féminin pour parler de Dieu.
(version originale en anglais)
(traduction française)
La prière, c’est un dialogue avec Dieu, où l’un et l’autre parlent et se répondent.
Notre Père qui es aux cieux.
Oui, mais les cieux, c’est loin.
Et pourtant, je crois que tu es tout proche de moi.
Que ton nom soit sanctifié.
Oui, mais ton nom est brandi par les bons et ceux qui ne le sont pas.
Et pourtant, je crois que toi seul es saint.
Que ton Règne vienne.
Oui, mais cela fait longtemps que nous l’attendons.
Et pourtant, je crois que nous pouvons le faire grandir aujourd’hui déjà.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Oui, mais ta volonté n’est pas toujours ce que j’ai envie de faire.
Et pourtant, je crois que tu ne veux qu’une chose : m’aimer.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Oui, mais le pain de chaque jour est cher à gagner et j’y renonce parfois.
Et pourtant, je crois que tu combles tous mes besoins.
Pardonne-nous nos offenses.
Oui, mais mes mots dépassent parfois ma pensée.
Et pourtant, je crois que tu me pardonnes.
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Oui, mais il y a des choses que je ne peux pas pardonner.
Et pourtant, je crois que tu peux faire reculer mon impossible.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation.
Oui, mais je ne sais pas toujours résister.
Et pourtant, je crois que tu es là pour me guider dans mes choix.
Et délivre-nous du mal.
Oui, mais je n’ai pas toujours conscience de celui que je fais malgré moi.
Et pourtant, je crois que ton amour est plus grand que tout le reste.
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire.
Oui, mais alors que me reste-t-il ?
Et pourtant, je crois que tu m’as fait à ton image.
Aux siècles des siècles.
Oui, mais ton éternité me dépasse tellement.
Et pourtant, je crois que tu as envoyé ton Fils dans mon histoire.
Amen.
Oui, mais…
Non, amen!
Jean-Marc Leresche, diacre protestant suisse (https://jeanmarcleresche.ch)
Toi qui es aux cieux,
Au cœur de notre espérance.
Que ton nom ne soit point profané,
Que nous ayons le courage de te nommer,
De te dire, promesse de libération.
Que ton règne vienne nous rejoindre
Ici et maintenant.
Pour que ta volonté soit faite,
Pour que nous ayons l’audace
De vaincre l’oppression,
Dans nos cœurs,
Dans nos rues,
Dans nos relations entre hommes et femmes,
Dans nos corps,
Dans notre Église,
Dans nos lieux de travail,
Dans nos complicités avec les causes de la crise.
Donne-nous aujourd’hui
Notre pain de ce jour;
Ce pain pétri dans la souffrance,
Ce pain qui nous appelle
A devenir tes filles et tes fils,
Ce pain qui alimente notre audace.
Toi qui es notre Amour,
Pardonne-nous nos infidélités profondes,
Nos incohérences,
Nos connivences avec l’oppression.
Car c’est le pardon reçu
Qui nous permet petit à petit
De nous ouvrir
À ceux et celles qui nous ont meurtri-e-s.
Ne nous soumets pas à la tentation,
La tentation de nous prendre pour les tout-puissants,
La tentation de consentir à fabriquer des outils de mort,
Pour asservir la nature et l’être humain.
Toi qui es notre Amour,
Sois avec nous
Pour nous apprendre
Les chemins de la délivrance,
La libération du mal.
Car c’est en toi que nous reconnaissons
L’espérance d’une terre nouvelle.
Réécriture par par Kate Bulman et Béatrice Gothscheck de la collective L’Autre Parole